Redéfinir les règles d’usage d’un nouveau commun, ce n’est pas toujours aisé comme le montre les difficultés que nous rencontrons parfois avec les commerçants du quartier dans le cas de la louche d’Or à Lille ou à Bologne : l’appropriation de l’espace commun créé par le festival est conflictuelle : elle nous amène à devoir redessiner les frontières des terrasses de cafés, la place des passants, les trajectoires. La question de la légitimité des uns et des autres (riverains, commerçants, l’association porteuse du projet) à définir les règles d’usage de l’espace de la fête est centrale. Si nous suivons une fois de plus Rancière, le dispositif devient politique à partir du moment ou la répartition rompt avec les équilibres instaurés jusque-là, que d’autres rapports de force émergent, et que des « sans parts » prennent part.
Il me semble que cet ensemble de réflexions peut nous amener à reconsidérer les micro conflits engendrés par nos évènements : les négociations et les difficultés avec les commerçants, les riverains etc… Non comme simples aléas de l’événement, mais comme une part importante de l’organisation parce que justement au cœur de ce qui fait la portée politique de nos actions. Nous sommes au cœur de ce qui fait dissensus, mais pour que cela devienne « politique », il faudrait, comme l’a souligné Pina Lalli, que ces micro-conflits ne se réduisent pas à des négociations d’intérêts privés, il faut qu’ils puissent devenir la base d’une réflexion publique, l’occasion de générer un débat sur la place des uns des autres, y compris ordinairement.
Par ailleurs, l’atelier sur art et politique a montré la difficulté de faire de nos préoccupations de vrais problèmes publics : qui intéressent plus de gens que ceux qui sont directement concernés. L’exemple de la vidéo surveillance est à ce sujet exemplaire : à priori cela ne transforme pas ou à la marge, notre expérience de la ville : les caméras sont peu visibles, installées principalement dans des « non lieux » : le métro, les supermarchés, pour lesquels les usages sont de toutes manières très codifiés et non susceptibles de négociation. Jean Pierre Petit de Souriez vous êtes filmés nous a présenté des actions de sensibilisation à la question et a relevé combien il était difficile de poser la question de la vidéo surveillance comme un problème public. Les médias sont bien sur des relais importants dans la transformation d’une mobilisation locale en problème public. Se saisir de ce qui fait « problème» pour les médias et le comprendre est une ressource importante pour l’action.
Plusieurs pistes se sont dessinées lors de cette intervention qui pourrait faire l’objet d’une proposition d’atelier de formation mêlant chercheurs, journalistes et acteurs :
Comprendre et agir sur ce qui peut faire « problème » pour les gens et pour les médias, cela nécessite un effort de traduction de ses propres revendications. Penser les opérateurs du débat public Ouvrir des arènes publiques: locales ou non.