Les présentations croisées du festival de la soupe, mais également la plupart des ateliers et particulièrement l’atelier « dedans/dehors » on fait apparaître l’importance des contextes sociétaux donnant forme aux projets (espagne italie france). Les projets sont pris dans des politiques publiques différentes et des contextes culturels où l'espace public n'est pas investi ni pratiqué de la même manière, des contextes nationaux où les enjeux politiques ne sont pas identiques, où le rapport aux pouvoirs publics n'est pas semblable. Contexte dans lesquels s’inscrivent les histoires singulières des associations porteuses des projets. Il a donc été nécessaire de recontextualiser, de resituer, de ramener les différents projets aux contextes d'actions. Par ailleurs, les dispositifs sont fragiles, ils reposent sur des relations particulières que nouent des artistes, des militants ou des acteurs culturels, avec des habitants, ils sont difficilement reproductibles, même si on peut en isoler certains aspects. Virginie Millot a montré l’importance de rencontres singulières entre les artistes et les participants au projet. Partant de l’analyse de la biennale de la danse de Lyon et d’autres projets culturels participatifs elle montre que ce qui est en jeu n’est pas forcément dans le résultat : le défilé en centre ville, mais dans la manière dont les artistes travaillent avec les participants et la manière dont ceux-ci s’approprient le projet.
Ce constat doit nous alerter sur les pratiques normatives des institutions et de la difficulté à identifier à priori des « bonnes pratiques ». La réflexion sur la circulation des projets montre que les projets prennent sens, et formes y compris dans leur dimension militante en relation avec ces contextes. L’atelier dedans/dehors, a, par exemple, permis la présentation de projets qui donnaient à voir des modalités d'action différentes : des lieux investis légitimement, subventionnés, avec soutien du politique, avec des acteurs extérieurs au quartier (service civil européen), ou investis de manière "subversive", comme dans le cas du squatt des Macaqs, par des personnes plus ou moins proches de la vie du quartier, sans être toutefois "représentatifs". Pour autant, depuis chacun de ces lieux, les projets ont en commun de viser à construire des lieux de résistance ordinaires, quotidiennes. L’atelier en pointant les différences des projets présentés a montré qu’on ne peut déduire mécaniquement le caractère ou non «subversif» du projet de ses seules conditions d'existence : dans le projet institutionnalisé peuvent se loger des espaces de rencontre, de confrontation, de circulation d'information, où se joue le "geste politique"; tandis que depuis des lieux apparemment plus politiques, peuvent aussi se reproduire des propositions plus "pacifiantes", nécessaires dans le contexte du quartier et pour la pérennité de l’action. Cela ne veut pas dire que les projets ne peuvent pas circuler, le festival de la soupe en est un exemple, mais il serait intéressant de continuer à réfléchir sur ce qui se passe dans cette circulation, et dans les opérations de traduction que subit le festival et qui lui donne une forme nouvelle.